L'infogérance partagée : garder son informaticien et couvrir le reste
L'infogérance partagée renforce une équipe informatique existante au lieu de la remplacer. L'équipe garde ce qu'elle fait le mieux, la proximité et la connaissance métier ; le prestataire prend ce qu'une seule personne ne peut pas tenir, la nuit, la sécurité et les spécialités.

L’essentiel
- Le modèle existe parce qu'une seule personne ne peut être ni disponible en permanence ni experte sur tout.
- Le partage se décide et s'écrit avant de commencer : une catégorie de demande, un responsable désigné.
- Le signal d'alerte n'est pas la taille de l'entreprise : c'est un informaticien qui passe ses journées sur des mots de passe oubliés.
- Le cas le plus fréquent en PME n'est pas un informaticien de métier, mais quelqu'un qui a hérité de l'informatique.
Sommaire de l’article
Beaucoup de dirigeants le formulent de la même façon : « je ne veux pas remplacer mon informaticien, je veux qu'il soit moins seul ». C'est exactement ce que fait l'infogérance partagée, que l'on trouve plus souvent sous son nom anglais, co-managed IT.
Qu'est-ce que l'infogérance partagée ?
Un contrat où le prestataire prend une partie définie du périmètre informatique, l'équipe interne gardant le reste. Ce n'est ni une externalisation au rabais, ni un pied dans la porte avant une externalisation complète.
La ligne de partage suit une règle simple : ce qui demande de connaître les gens reste en interne ; ce qui demande d'être disponible en permanence, ou expert sur un sujet pointu, va chez le prestataire.
Reste en interne
- Relation avec les utilisateurs
- Applications métier et leurs habitudes
- Arbitrage des priorités et des accès
Part chez le prestataire
- Supervision continue et astreinte
- Sécurité et réponse à incident
- Sauvegardes testées, licences suivies
À qui s'adresse-t-elle ?
Aux entreprises qui ont déjà un informaticien ou un référent, pour qui recruter une deuxième personne serait disproportionné alors qu'une seule ne suffit plus.
Le signal le plus fiable est ce que fait la personne en place. Si elle passe ses journées sur des mots de passe oubliés et des imprimantes, elle ne fait aucun des projets pour lesquels elle a été recrutée. Si elle ne part jamais en congés l'esprit tranquille, la continuité de l'entreprise tient à une personne.
- Les projets prennent du retard faute de temps.
- Les congés du référent se préparent comme une crise.
- Personne ne surveille les alertes la nuit ni le week-end.
- Les sauvegardes tournent, mais aucune restauration n'a été testée.
- La sécurité se résume à un antivirus installé il y a longtemps.
- Les licences se renouvellent sans que personne les compte.
Qui fait quoi, concrètement ?
Le partage se décide avant de commencer, et il s'écrit. Il se négocie ligne à ligne selon les compétences réellement présentes en interne, mais il prend presque toujours cette forme.
| Domaine | Équipe interne | Prestataire |
|---|---|---|
| Support de premier niveau | pilote | renfort aux pics et pendant les absences |
| Applications métier | pilote | appui technique |
| Arrivées et départs | décide | exécute et vérifie |
| Supervision du parc | consulte | pilote, en continu |
| Sécurité et réponse à incident | informée | pilote, 24/7 |
| Sauvegardes et restaurations | valide le périmètre | pilote et prouve |
| Astreinte nuits et week-ends | déchargée | pilote |
| Licences et renouvellements | arbitre | inventorie et alerte |
La ligne « arrivées et départs » est celle qui frotte le plus au quotidien, parce qu'elle met en jeu un troisième acteur, les ressources humaines. Le détail de cette répartition est traité dans notre article sur les arrivées et départs côté RH.
Comment éviter que les deux équipes se gênent ?
Une seule file de tickets, un responsable désigné par catégorie de demande, et des comptes d'administration nominatifs des deux côtés.
Le désordre vient toujours des mêmes causes : deux outils de gestion des demandes, des comptes administrateur partagés et des interventions faites sans trace. Les trois se règlent au démarrage et jamais en cours de route, parce qu'à ce moment-là chacun a déjà pris ses habitudes.
Un point de synchronisation régulier suffit ensuite. Il porte sur les incidents de la période, les demandes en attente d'arbitrage et les échéances à venir, pas sur un rapport d'activité que personne ne lit.
Comment se passe le démarrage ?
En quatre étapes, sur environ un mois. L'ordre compte : l'outillage commun avant l'astreinte, sinon la surveillance se branche sur un parc qu'on connaît mal.
- Audit à deux L'inventaire se fait avec l'informaticien en place, pas à sa place : il connaît les zones grises.
- Partage écrit Chaque catégorie de demande reçoit un responsable, et un seul. Le document est court et signé des deux côtés.
- Outillage commun Une file de tickets, des comptes nominatifs, la supervision branchée sur tout le parc.
- Astreinte activée La surveillance permanente prend le relais des heures ouvrées : le référent part en congés sans son téléphone.
Externaliser son informatique ou recruter : ce qui décide vraiment
Questions fréquentes
L'informaticien en place va-t-il perdre son poste ?
Non, c'est l'inverse de la logique du modèle. On lui retire les tâches répétitives et l'astreinte, pas son travail : la connaissance métier et la proximité restent irremplaçables.
Qui détient les accès administrateur ?
Les deux, avec des comptes nominatifs distincts et une journalisation. Un compte administrateur partagé rend toute enquête impossible après un incident.
Est-ce moins cher qu'une infogérance complète ?
Souvent, puisque le périmètre confié est plus étroit. Mais l'économie n'est pas la raison d'être du modèle : la couverture continue et l'accès à des spécialités que l'équipe n'a pas le sont.
Faut-il un informaticien à temps plein pour que ça marche ?
Non. Le modèle fonctionne aussi avec un référent à temps partiel, souvent quelqu'un qui exerce un autre métier. C'est même le cas le plus fréquent en PME.




