Changer de prestataire informatique : ce qu'il faut récupérer avant de partir
Une reprise ne bloque presque jamais sur la technique. Elle bloque sur les accès : un compte administrateur global détenu par l'ancien prestataire, un nom de domaine à son nom, des licences revendues depuis son compte, une clé de chiffrement jamais transmise. Tout se vérifie avant de résilier.

Points clés
- Ne changez pas sur un incident isolé. Changez sur un motif structurel : délais tenus jamais écrits, aucun inventaire, aucune preuve de restauration, accès non restituables.
- Huit éléments sont à récupérer : le tenant, le domaine, les licences, les équipements réseau, les sauvegardes et leurs clés, les certificats, la documentation et les contrats fournisseurs.
- L'article 28.3.g du RGPD vous donne le choix entre suppression et restitution de vos données. Les accès techniques, eux, ne dépendent que du contrat.
- Ce qui casse pendant une reprise est presque toujours périphérique : DNS, VPN, certificats, tâches planifiées, comptes de service, impressions.
- Le signal le plus fiable chez le prestataire suivant : accepte-t-il d'écrire la clause de réversibilité et de mettre les licences à votre nom.
Quand faut-il changer de prestataire informatique, et quand vaut-il mieux rester ?
Changez sur un motif structurel, jamais sur un incident isolé. Une panne mal gérée arrive à tout le monde, y compris à un bon prestataire. Changer coûte du temps interne, une période de flottement et une perte de connaissance du parc : ce coût ne se justifie que si le problème se répète par construction.
Les motifs qui, eux, ne se corrigent pas d'eux-mêmes :
- Aucun inventaire. Le prestataire ne peut pas dire combien de postes, quelles versions, quelles licences. Tout le reste en découle.
- Aucune preuve de restauration. Les sauvegardes tournent, personne n'a jamais restauré. C'est le motif le plus grave et le plus fréquent.
- Des délais jamais écrits. « On passe dans la journée » n'est pas un engagement. Un délai qui n'est pas au contrat n'existe pas le jour où il compte.
- Des accès non restituables. Le prestataire détient des comptes que vous ne pouvez pas récupérer seul. Ce n'est plus une prestation, c'est une dépendance.
- Un refus d'écrire le périmètre. Ce qui est couvert, ce qui ne l'est pas, ce qui est facturé en plus. Le flou profite toujours à celui qui facture.
Qu'est-ce qu'il faut absolument récupérer avant de partir ?
Huit éléments, et ils se vérifient avant d'annoncer quoi que ce soit. La question n'est pas « le prestataire me les donnera-t-il », elle est « sont-ils déjà à mon nom ». Dans beaucoup d'entreprises, la réponse est non pour au moins trois d'entre eux, et personne ne l'a jamais vérifié.
| Élément | Ce qu'il faut détenir | Ce qui bloque sinon |
|---|---|---|
| Tenant Microsoft 365 ou Google Workspace | un compte administrateur global sur une adresse de l'entreprise | aucune reprise possible : toute la messagerie et l'annuaire en dépendent |
| Nom de domaine | le compte chez le bureau d'enregistrement, et la main sur la zone DNS | impossible de rediriger la messagerie ou le site sans l'ancien prestataire |
| Licences et abonnements | souscrits au nom de l'entreprise, pas revendus depuis le compte du prestataire | les licences s'arrêtent à la fin du contrat, souvent sans préavis utile |
| Équipements réseau | comptes administrateur du pare-feu, des switchs, des points d'accès, du NAS | le réseau devient une boîte noire, à réinitialiser en coupant tout |
| Sauvegardes | l'emplacement, le compte propriétaire et les clés de chiffrement | une sauvegarde qu'on ne peut pas déchiffrer ne vaut rien |
| Certificats et comptes de service | certificats TLS, comptes techniques des applications métier | expirations silencieuses et coupures quelques semaines après la bascule |
| Documentation | schéma réseau, plan d'adressage, inventaire, procédures | le nouveau prestataire refait le travail et vous le facture |
| Contrats fournisseurs | opérateur, hébergeur, maintenance matérielle, au nom de l'entreprise | engagements et échéances découverts après coup |
Le cinquième point mérite un test et pas une déclaration. Demandez une restauration d'essai sur un dossier quelconque, et regardez combien de temps elle prend et qui la réalise. Une entreprise qui n'a jamais vu une restauration aboutir ne sait pas si elle a des sauvegardes.
Que dit le contrat sur le préavis et la réversibilité ?
Trois clauses décident de tout, et une seule est parfois absente. Le préavis, la réversibilité, et le sort des données en fin de contrat.
Le préavis et la reconduction
Vérifiez la durée du préavis, sa forme, et la date à laquelle il doit être envoyé par rapport à l'échéance. Un contrat à tacite reconduction se renouvelle si le préavis tombe un jour trop tard, et c'est l'erreur la plus banale du dossier. Notez la date dans un agenda avant de commencer quoi que ce soit d'autre.
La réversibilité
C'est la clause qui organise la sortie : ce que le prestataire remet, sous quel format, dans quel délai, et si cette prestation est incluse ou facturée. Quand elle est absente, la sortie se négocie au moment le moins favorable. Une clause de réversibilité se demande à la signature, quand la relation est bonne.
Le sort des données
Ce point-là n'est pas seulement contractuel. L'article 28.3.g du RGPD impose au sous-traitant de supprimer ou de renvoyer les données personnelles au terme de la prestation, au choix du responsable de traitement, c'est-à-dire au vôtre. Le détail des obligations qui pèsent sur un prestataire informatique est sur notre page RGPD et prestataire informatique.
Comment se déroule une reprise, et qu'est-ce qui casse en général ?
En quatre temps, et le calendrier dépend des accès, pas de la technique. Quand le tenant, le domaine et les licences sont déjà au nom de l'entreprise, la reprise est surtout une passation documentaire. Quand ils ne le sont pas, il faut les reconstituer d'abord, et c'est ce travail qui commande tout le reste.
- Inventaire contradictoire. Le nouveau prestataire recense ce qui tourne et le confronte à ce que dit l'ancien. Les écarts sont normaux et instructifs.
- Reprise des accès. Création des comptes d'administration au nom de l'entreprise, mise en coffre, retrait progressif des accès de l'ancien prestataire. Jamais l'inverse : on ne coupe pas avant d'avoir vérifié qu'on entre.
- Supervision en double. Les deux dispositifs coexistent quelques semaines. C'est la période qui révèle ce que l'inventaire a manqué.
- Bascule du support et clôture. Le canal de tickets change, l'ancien prestataire restitue ou supprime, et la restitution se constate plutôt qu'elle ne se déclare.
Ce qui casse, presque toujours
Rarement le cœur du système, presque toujours la périphérie que personne n'avait documentée : les enregistrements DNS de messagerie modifiés sans propagation surveillée, le VPN dont la configuration vivait sur le poste d'un technicien, un certificat qui expire trois semaines plus tard, des tâches planifiées tournant sous un compte de service dont personne ne connaît le mot de passe, des imprimantes réseau déclarées sur un serveur qu'on éteint, et des sauvegardes qui continuent d'écrire vers l'espace de l'ancien prestataire.
Ces six points forment une liste de contrôle à cocher avant la bascule. Aucun n'est difficile à traiter quand il est prévu. Tous coûtent une journée d'arrêt quand ils ne le sont pas.
Quels signaux doivent alerter chez le prestataire suivant ?
Quatre refus, et ils sont plus parlants que n'importe quelle référence client. Posez les quatre questions au premier rendez-vous, avant de parler prix.
- Refus de mettre les licences à votre nom. Un prestataire qui tient à revendre depuis son propre compte construit une dépendance, quelle que soit la justification avancée.
- Refus d'écrire la clause de réversibilité. C'est la question qui trie le plus vite. Un prestataire confiant dans sa prestation n'a aucune raison de rendre la sortie difficile.
- Absence de contrat de sous-traitance RGPD. Il est obligatoire dès qu'un prestataire accède à des données personnelles, ce qui est le cas de toute infogérance.
- Un engagement de reprise chiffré avant d'avoir vu le parc. « On reprend tout en 48 heures » annoncé sans inventaire est une promesse qui sera tenue en coupant des choses.
Un cinquième signal, positif celui-là : un prestataire qui commence par un audit du parc avant de proposer un forfait sait qu'un forfait se dimensionne sur ce qui existe. La façon dont ce montant se construit est détaillée sur la page prix de l'infogérance, et le choix entre un forfait et des interventions ponctuelles sur la page forfait ou dépannage à la demande.
Questions fréquentes
- Mon prestataire actuel peut-il refuser de me rendre mes accès ?
- Il ne peut pas refuser de restituer vos données : l'article 28.3.g du RGPD prévoit qu'au terme de la prestation, le sous-traitant les supprime ou les renvoie, au choix du responsable de traitement, donc au vôtre. Les accès techniques sont un autre sujet, régi par le contrat. C'est pour cette raison qu'une clause de réversibilité doit être écrite à la signature, quand la relation est bonne, et pas réclamée au moment de la rupture.
- Faut-il prévenir le prestataire actuel avant d'en chercher un autre ?
- Rien n'y oblige, et il est plus prudent de vérifier d'abord l'état réel de vos accès et de votre contrat. En revanche, la passation se passe nettement mieux quand elle est annoncée et organisée plutôt que subie. Un prestataire correct accompagne la sortie, ne serait-ce que pour sa réputation dans un métier où les recommandations circulent.
- Combien de temps faut-il prévoir pour changer de prestataire ?
- Cela dépend presque entièrement d'une chose : le fait que les comptes administrateur, le nom de domaine et les licences soient déjà au nom de l'entreprise. Quand c'est le cas, la reprise est surtout une passation documentaire. Quand ce n'est pas le cas, il faut d'abord reconstituer ou récupérer ces éléments, et c'est ce travail-là qui dicte le calendrier, pas la technique.
- Risque-t-on de perdre des données pendant la reprise ?
- Le risque réel n'est pas la perte pendant le transfert, il est de découvrir après coup que les sauvegardes pointaient vers un espace appartenant à l'ancien prestataire, ou que la clé de chiffrement n'a jamais été communiquée. Une sauvegarde qu'on ne peut pas déchiffrer n'est pas une sauvegarde. La vérification se fait avant la bascule, par une restauration de test.
- Doit-on tout changer en même temps ?
- Non, et c'est rarement une bonne idée. La supervision, le support et la gestion des accès peuvent basculer d'un coup. Les changements structurants comme une migration de messagerie ou un changement d'hébergement gagnent à être traités comme des projets séparés, après la reprise, une fois que le nouveau prestataire connaît le parc.